QUE VEUT VRAIMENT DIRE UN ESPRIT SAIN DANS UN CORPS SAIN ?

Loin de vouloir entretenir des préjugés, mais le constat est que les diplômés universitaires chez les athlètes dans le monde de la force sont rares. Ce qui ne veut nullement dire que ces athlètes n’ont pas de capacité de réflexion ou qu’ils ne sont pas dotés d’ intelligence, seulement que ceux qui sont en mesure d’écrire des textes pour exprimer des idées et cogiter sur papier se fond rare. Selon une pratiquante d’arts martiaux, ce seraient la majorité des bipèdes qui ne seraient pas en mesure de rédiger un texte réfléchi. Ce qui est triste. ( Mea culpa, je suis dyslexique et je fais plein de fautes…tout de même.)

Après avoir fait mon entrevue avec Bruce Cashman, un culturiste et ancien propriétaire de gym, je m’étais dit que je devrais rencontrer son jeune neveu, éventuellement. Seulement si vous saviez le nombre de fois qu’on m’a dit que leur neveu ou que le voisin de son beau-frère est fort comme ça ne se peut pas et que je devrais le rencontrer…J’ai donc eu tendance à oublier à propos du neveu de Cashman. C’est quelques mois plus tard, par un faux hasard, que je le croise le soir du 31 décembre chez Jeff Caron ( qui vient de finir 3e en Chine et qui a établi un nouveau record du monde avec 10 répétitions de 903lb !) – comme je disais, c’est un faux hasard. Les chances que je le rencontre cette soirée-là étaient élevées, mais j’avais complètement oublié à propos de fameux neuveu.

Étudiant en philosophie, j’ai demandé à cet athlète de pondre un texte sur le sujet qu’il veut. Avec le mort du Père Boulé, directeur du Séminaire St-François et dont le «slogan», mot d’ordre et philosophie est « un esprit sain dans un corps sain », sa réflexion sur le sujet tombe à point.

Voici le texte de l’athlète de force qui devrait finir par être champion canadien selon son mentor, nul autre que Jeff Caron.

UN ESPRIT SAIN DANS UN CORPS SAIN par Samuel Cashman-Kadri

Un esprit sain dans un corps sain. Cette expression, prononcée la première fois par Juvénal (poète de la Rome antique), fait de nos jours partie de la culture populaire. On l’entend souvent pour nous rappeler à quel point il est important de faire de l’activité physique et de se garder en forme. Or, il semble que la plupart du temps, le sens de cet adage ne soit pas saisi adéquatement. La plupart des gens qui l’intègrent dans leur discours pensent qu’il s’agit ici de mettre l’accent sur l’idée qu’un corps en santé est nécessaire pour que l’esprit le soit aussi. Ce n’est pas faux, loin de là. Mais était-ce vraiment ce qu’avait en tête Juvénal? Pas exactement.

En effet, le poète romain, par cette maxime, voulait soutenir l’idée que la personne ayant un esprit sain et un corps sain avait tout ce qu’il fallait pour être heureuse et épanouie. En d’autres mots, un corps en santé et un esprit lucide sont non seulement nécessaires, mais suffisants pour apprécier la vie à sa juste valeur.

Ainsi, prise dans son sens original, cette expression défendait l’idée que la santé de l’esprit et la santé du corps sont aussi importantes l’une que l’autre. Dans son sens populaire contemporain, j’ai l’impression qu’on oublie parfois sa dimension spirituelle ou intellectuelle, en ne portant attention qu’à l’importance du maintien de sa santé corporelle; comme si le fait d’avoir un corps sain, en lui-même, était gage de santé pour l’esprit, ce qui est malheureusement loin d’être le cas.

Il semble que cette manière faussée – du moins, incomplète – de comprendre le rapport entre l’esprit et le corps que voulait souligner Juvénal se répercute chez de nombreux athlètes en ce qui concerne le développement de la vie intellectuelle. Beaucoup de sportifs, qu’ils soient de niveau amateur ou de niveau de compétition internationale, semblent oublier de prendre soin du développement de leur esprit tellement ils sont obnubilés par l’idée d’améliorer leurs capacités physiques. En ne se concentrant que sur l’aspect corporel de leur vie, certains athlètes négligent une part essentielle de leur personne, c’est-à-dire leur esprit. Un déséquilibre est ainsi formé, limitant l’épanouissement de ces personnes, dans la mesure où seule une partie de leur existence est correctement développée.

Est-ce à dire que tous les athlètes devraient décrocher des diplômes universitaires? Ce n’est évidemment pas du tout ce que j’essaie de signifier. Le développement intellectuel des personnes n’a bien souvent rien à voir avec les études qu’elles effectuent. J’entends par « développement intellectuel », entre autres, l’idée de progrès dans la connaissance qui permet d’améliorer la capacité de réfléchir par soi-même. Cela peut se concrétiser d’une multitude de manières différentes. Par exemple, dans le cas d’un athlète, il peut s’agir de vouloir comprendre les principes à la base de l’entraînement qu’il suit, de son plan de nutrition, etc. Pourquoi s’entraîner de telle ou telle manière apporte tel ou tel résultat? Comment le corps réagit-il à tel type d’exercice et à tel type de régime alimentaire? Trop d’athlètes suivent un programme précis d’entraînement sans même s’intéresser à ce genre de question et aux principes sur lesquels se basent leur entraînement et leur régime de vie.

En cherchant à répondre à ces questions, un athlète développe sa connaissance des principes d’entraînement ou de nutrition, et devient ainsi en mesure de comprendre davantage les transformations que subit son corps. Cela pourrait même l’aider à peaufiner ses techniques d’entraînement. Ainsi, non seulement le fait de s’intéresser au développement de son esprit est désirable pour lui-même, mais bien souvent, il peut aider la personne en question à s’améliorer dans ce qu’elle fait.

Évidemment, rien n’empêche les sportifs de développer leur esprit dans une autre facette de leur vie, que ce soit par des études dans un domaine quelconque, la réalisation d’un projet personnel d’envergure, etc. L’idée que je pense importante, c’est qu’il n’est peut-être pas totalement sain d’axer sa vie uniquement sur l’entraînement physique sans attacher aucune importance au développement de ses facultés intellectuelles. Pourquoi? Pour la simple et bonne raison que l’être humain se distingue des autres êtres vivants, entre autres, par ses plus grandes capacités cognitives, ce qui porte à dire que pour vivre une vie pleinement humaine, il importe de veiller au bon fonctionnement de ces capacités intellectuelles.

Bref, comme dans beaucoup de choses, il s’agit encore une fois d’une question d’équilibre. Je pense que c’est justement cela qu’il faut comprendre par le concept d’un esprit sain dans un corps sain : une personne qui veille à la fois au développement de son corps et à la santé de son esprit a tout ce qu il faut pour s’épanouir dans la vie.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s