J’AI CONNU LE PÈRE BOULÉ DU S.S.F.

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QUI ÉTAIT LE PÈRE JEAN-MARC BOULÉ DU SÉMINAIRE ST-FRANÇOIS.

Nous allons tous mourir et nous ferons tous face à la mort, c’est inévitable. Nous en sommes tous conscient. En revanche, c’est toujours avec une tritesse profonde que nous apprenons la mort, la disparition à jamais d’une personne qu’on estimait et qui a été importante dans nos vies.  J’aimerais partager ce texte que j’ai rédigé à la mémoire d’un homme qui a joué un grand rôle dans ma vie et dans la vie de milliers de personnes. C’est ma façon de lui rendre honneur et lui faire mes adieux.

QUELQUES RÉACTIONS SUR FACEBOOK

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PAS UN DIRECTEUR COMME LES AUTRES

Provenant d’une famille éclatée, d’une mère aimante, mais vivant de l’autre côté de l’océan et d’un père à la dérive, devenu violent et alcoolique, j’ai été placé dans un pensionnat dès l’âge de 9 ans pendant 7 longues années scolaires. Pendant 4ans, du secondaire 1 à 4, en compagnie des autres pensionnaires tels que Martin Gagnon, Alexis Bwenge, la grande gueule qu’était et qu’est toujours Hugo Langlois et bien d’autres, nous étions tous sous le regard du Père Boulé. Du levé au couché. Il y avait d’autres éducateurs et responsables qui s’occupaient de nous comme le Père Filiatrault, David Gagné, le frère Cazabon et Marc Berthiaume. Mais personne n’avait l’autorité et était craint comme le Père Boulé.

En dépit de sa petite stature, il imposait le respect plus que toute autre personne. Plus que bien des entraîneurs de football ou de maître de kung-fu que j’ai rencontré (Sifu Allan Che-Kong Lee de New York n’est pas loin derrière par contre). À travers les années, il est arrivé que quelques pensionnaires déclenchent la foire dans le dortoir et que le surveillant de nuit (un coach de football) perde le contrôle total sur la situation. Le Père Boulé arrivait, il allumait les lumières, posait son regard sur quelques individus et affirmait que le sommeil de chacun était sacré. Ce qui laissait aussi sous-entendre que les conséquences seraient à la hauteur. Le calme et le silence régnaient à nouveau. Comme si les plus énervés qui criaient et lançaient des objets venaient de prendre une bouffée de morphine fatale. C’est simple, personne ne niaisait avec le Père Boulé. Personne. Il était sévère et juste. Bien des élèves – et particulièrement les pensionnaires qui ont fait 5 années sous sa direction – savent que le Père Boulé a le don de vous prendre sur le fait, de presque tout savoir et d’être là lorsqu’un de nous est en train de faire une connerie d’adolescent. Comme s’il avait un 6e sens.

Le Père était sagace. Il avait cette capacité de bien cerner les gens, jeune comme adulte. Après des dizaines d’années a avoir vu grandir des milliers d’adolescents et d’avoir géré du personnel enseignant et d’avoir bâti un empire sportif : il en connaissait pas mal sur la nature humaine. Le Père Boulé identifiait rapidement le type de personnalité de chacun et là où il se distinguait réellement, c’est qu’il était en mesure d’exploiter les forces d’une personne, la faire réfléchir et les faire cheminer. Petit à petit. Bon an, mal an. Subtilement, à travers les années, ses paroles finissaient par te faire croître. On pourrait même parler de la maëutique de Socrate, l’art d’accoucher les âmes. Cet homme avait…un 6e sens.

SUR LE CHEMIN DU GUERRIER : LE PÈRE BOULÉ

Mon grand frère avait été pensionnaire au Séminaire St-Francois 6 ou 7 ans avant moi. Durant une nuit, mon frère a eu la brillante idée de voir si le Père Filiatrault (qui a été professeur et surveillant pendant 33ans au S.S.F, trépassé en 2010) était cardiaque en lançant une série de pétard près de lui pendant qu’il dormait la bouche ouverte. À la fin de l’année, on le remercia d’être venu au S.S.F.

Après avoir fait 3ans de pensionnat à St-Louis de Gonzague, jadis situé en ville près du Cinéma de Paris, avec les Soeurs grises ( elles étaient si sévères et impitoyables, parlez-en au boxeur professionnel Éric Martel qui a subit le même sort) la suite logique dans mon cas était de devenir pensionnaire au Séminaire St-François avec les frères capucins pour y faire mes 5 années de secondaire. La vie de pensionnat c’est particulier puisque nous sommes un tas d’adolescents entre 12 et 17 ans qui vivent ensemble 24h/24h, 5 jours semaines et parfois 7 jours. Des plus grands avec des petits, des hormones de jeune mâle en devenir, des sports de contact et du temps à tuer : tous les ingrédients nécessaires pour que ça brasse de temps en temps.

Aux prises avec un père violent et instable, ma mèche pouvait être parfois plus courte au pensionnat et je ne me laissais pas niaiser par personne. À ma première semaine d’école en 1992, David Gagné, responsable des activités des pensionnaires, nous faisait jouer au touch football. Bien sûr, un petit con plaquait pour faire mal. Je lui ai servi quelques aller-retour de mon pied dans le visage au cas où lui ou un autre voulait recommencer. Cette peste a été renvoyée avant la fin de l’année. Je l’avais dit que c’était un petit con. Sérieusement, je n’étais pas perturbant en classe, j’avais des notes acceptables, j’étais aimé de mes professeurs (mes préférés ont été Jacques Beauchamps et Serge Beausoleil) j’étais juste loin de ne me laisser piler sur les pieds. Parfois, ce que me faisait vivre mon père à la maison, les rares fois que j’y étais, diminuait énormément ma tolérance face aux autres. Parce qu’en général, j’étais un élève normal parmi tant d’autres. C’est-à-dire que parfois  j’aimais faire rire la classe et parfois je n’avais pas envie d’être assis et encore moins d’être dans une classe. Bien normal, je vous dis. Excepté que lorsque j’avais la mèche courte, l’air de rien, j’avais le défaut d’être prêt à foutre une raclée à des pensionnaires plus vieux et même à un gars de ma classe durant un cours s’il le fallait. Parlé s’en à un certain Charles Duchaînes.  Durant un cours d’éducation physique dans les premières semaines d’école, il s’est fait motivé par un tiers à se battre avec moi uniquement parce que je faisais des arts maritaux.

La situation familiale ne s’est jamais améliorée. Mon père que je ne voyais à peine 2 jours semaines depuis l’âge de 9 ans, était de plus en plus instable, violent et alcoolique. Ce qui a eu comme résultat que j’avais plus souvent la mèche courte et que je pouvais exploser à tout moment. À l’école, les bagarres vont ainsi s’intensifier sur une période de 4 ans. Naturellement, je devenais aussi plus difficile d’approche. Par ailleurs, à la maison, pendant des années, il n’y avait pas grand nourriture. Le Père Boulé n’étant pas né de la dernière pluie savait qu’il se passait quelque chose d’anormal avec moi. Il avait aussi remarqué que je mangeais démesurément lors des repas. ( Il m’appelait le glouton sur les heures des repas…à l’interphone de l’école, il m’appelait parfois Gino-lo-lo, ça le faisait beaucoup rire. Pas moi. )

Bien des années plus tard, le Père Boulé m’a confié qu’il m’avait subtilement tendu des perches à l’époque, mais que je ne les avais pas saisies. Plus que perplexe, je lui ai demandé pourquoi il n’avait pas fait une approche plus formelle, il m’a répondu que si je l’avais rabroué ou rejeté, je serais devenu en «position de force» face à lui. En tant que directeur, figure d’autorité et mentor, il ne pouvait pas se permettre cette éventualité. C’est vrai qu’en rétrospective, le Père me donnait toujours des petits boulots et des privilèges que j’étais constamment étonné d’avoir et qui étaient habituellement réservés à de futurs gagnants de méritas scolaire. Après l’école, je mettais les chaises sur les bureaux – un gros deux en papier par soir, je suis devenu le premier surveillant de la salle de musculation (avec Éric-Alexandre Gagnon) – un autre gros deux par soir et j’étais parmi les plus jeune à surveiller la période d’étude du matin – un autre deux. En parlant de vieux deux piastres en papier, ça me fait penser lorsque le Père Boulé se présentait le soir avec une méga pile de billets et les donnaient à ceux qui réussissaient des paniers de basketball depuis la ligne des 3 points. Tous les pensionnaires se souviennent de ça. François Turgeon avait réussi un pagné de la moitié du terrain pour 20$ je crois.

En 4e secondaire, à moins de deux mois avant la fin de l’année, durant une pause entre deux cours, devant tout le monde, j’éclate après une courte joute verbale avec Nicolas Geoffroy. Je n’ai heureusement eu que le temps de lui casser le nez avant qu’on se mette à plusieurs pour m’arrêter. Ce n’était pas tant Geoffroy ( alias Gougoune ) le problème, mais davantage un trop-plein d’un tas de choses qui est sorti dans une rage qui aurait fort probablement pu être meurtrière si on ne m’avait pas arrêté à temps. J’en suis convaincu.

Le Père Boulé m’avait clairement averti un soir de la semaine précédente : « Si j’entends que tu t’es encore battu, t’es dehors.» Alors, quand j’ai retonti dans ce bureau cet après-midi-là, il m’a dit de prendre mes choses et que j’étais suspendu indéfiniment. Avec le nez cassé, le sang abondant dans l’école (on pouvait le suivre à la piste) et la commotion que cela avait générée auprès de tout le monde, le Père n’a pas eu le choix de me renvoyer définitivement dans les semaines qui ont suivi. Ça été un des très durs coups que j’ai eu à encaisser dans ma vie que de ne pas finir mon secondaire au S.S.F. et de ne pas jouir de tous les luxes et droits réservés aux pensionnaires finissants en plus de manquer les dernières célébrations de mon secondaire avec mes amis et le Père Boulé.

Je ne devais plus avoir aucun contact avec les autres élèves. Le Père Boulé m’a payé quelques cours privés avec certains professeurs pour que je sois en mesure de terminer l’année et réussir mes examens du Ministère. Peu de temps après, comme j’étais constamment à la maison, je suis devenu un fardeau impossible pour mon père et de violentes batailles ont eu lieu. Il tenta même de me poignarder au ventre avec un énorme couteau de cuisine en se jetant sur moi sans avertissement. La lame avait pénétré d’environ un centimètre le côté droit de mon ventre. J’avais réagi à temps et j’empêchais le bras de mon père d’enfoncer davantage sa lame. On s’est longuement regardé dans les yeux, mon bras faiblissait. J’imaginais le pire dans les secondes à venir. Les secondes paraissaient des heures. Puis, arriva dans la maison un ami de mon père. Ce qui mis fin à mon calvaire. C’était la deuxième fois que cet homme arrivait alors que j’étais menacé physiquement de mort par mon père. J’ai ainsi quitté la maison de mon père et je ne l’ai pas revu pendant 10 ans. Je ne l’ai revu que pour lui faire mes adieux alors qu’il était mourant d’un cancer du pancréas en 2007.

L’APRÈS S.S.F.

J’avais tenté de me faire réaccepter au S.S.F. En expliquant ma situation au Père Boulé. Il m’avait demandé d’écrire une lettre pour mettre toutes les chances de mon côté, j’avais fait le camp de football. Toutefois, il semble que le comité de parent ne voyait pas les choses du même œil que le Père Boulé, qui lui m’aurait repris. Nous étions donc presque à la mi-septembre, j’habitais dans le salon du petit appart de mon grand frère et je n’étais inscrit à aucune école secondaire…j’allais devenir un de ces décrocheurs sans diplôme.Un drop out parmi tant d’autres.

Le Père Boulé est intervenu en ma faveur. Il a téléphoné au Petit Séminaire de Québec pour m’y faire entrer et il paya les coûts. Les cours à cette école étaient déjà commencés, les classes étaient pleines et il était techniquement impossible d’avoir tous les crédits nécessaires pour obtenir mon D.E.S. Mais, quand vous êtes directeur d’école et que le Père Boulé vous contacte, je présume que c’est difficile de lui refuser une faveur. Pour obtenir tous mes crédits de mon 5e secondaire, la direction m’a inscrit à un cours de leur section collégiale du P.S.Q. (aujourd’hui fermée). De septembre à la fin décembre, tous les mardis, je n’avais pas de pause pour dîner pour suivre un cours d’informatique de niveau collégial.

De plus, M. Cassivi, le directeur, m’avait bien averti, aucune bataille tolérée sinon c’est la porte. J’ai donc pris goût au football et ma rapidité m’a valu quelques touch down. Le Père Boulé qui avait l’habitude de découper des journaux lorsque des anciens faisaient les manchettes et de les mettre sur le babillard près de son bureau l’avait fait pour moi aussi en encerclant mon nom. Il m’a raconté que cela avait soulevé des questions, mais qu’il avait répondu: « Ben oui, c’est un ancien du séminaire ».

Il y a eu quelques rigolos qui savaient que je n’avais droit à aucun écart de conduite et qui cherchaient volontairement à me provoquer sur l’heure du midi. J’étais déjà conscient que j’avais une deuxième chance pour finir mon secondaire, alors je me contrôlai tout au long de l’année. À force d’insister, l’année d’après, durant une belle soirée d’été sur la Grande-Allée, ces petites crapules ont fini par goûter à la médecine qu’ils recherchaient tant…mais c’est une autre histoire.

RENCONTRE FORTUITE DANS UN GYM

Plus de trois ans après avoir quitté le S.S.F. , au milieu de l’été, je croise dans le vestiaire d’un gym le Père Boulé. Il venait nager régulièrement pour garder la forme. J’ignorais pourquoi, mais il était content de me voir et m’invita à aller souper au Michealangelo. C’est à ce souper que je lui ai parlé pour la première fois de ma situation invivable avec mon père. Pour lui, les pièces du casse-tête étaient enfin réunies et il avait une meilleure vision d’ensemble, compréhension du contexte dans lequel j’étais au moment que j’étais pensionnaire sous sa direction. Je ne sais trop comment l’interpréter ou l’exprimer en mots, mais je pense que le Père Boulé aurait voulu faire une différence pour moi à cette époque et à partir de ce moment, il a décidé de s’impliquer dans ma vie. Il a fait son discours de début d’année 2000 en faisant référence à moi et plusieurs personnes du corps enseignant ont su que le Père parlait de moi. C’est à partir de ce moment que ma relation privilégiée avec le Père Boulé allait commencer.

UN PÈRE DANS MA VIE

Durant les années qui ont suivi, nous avons soupé ensemble un nombre incalculable de fois (et pour ceux qui l’ignorent, le Père Boulé ne mangeait rarement dans des petits restaurants). J’aimais discuter avec lui et il s’intéressait à moi. Il me faisait réfléchir. J’avais enfin une personne dans mon entourage pour philosopher, parler éthique…et religion. Nous sommes allés plusieurs fois nous promener à Montréal. J’ai connu son ami de longue date, le Père Lantier qui  fut missionnaire en Afrique. Il aimait aller à Montréal parce que là-bas, il avait la paix. Il ne se faisait pas constamment arrêter par des anciens et des parents. Il passait incognito dans la grande métropole et c’est ce qu’il recherchait. Il nous est arrivé de dormir dans la même chambre d’hôtel au Hollyday Inn, chacun dans son lit. Un matin, il a voulu enclencher une bataille d’oreiller pour le plaisir… je l’ai regardé dans les yeux en secouant la tête, lui disant que j’appréciais son cœur d’adolescent qui voulait s’amuser, mais que cela ne se concrétiserait pas. J’avais tout simplement peur de l’assommer !

À ma grande surprise, un soir il me téléphone pour me dire que des pensionnaires veulent apprendre les arts martiaux. Il m’offrait la possibilité d’enseigner le kung-fu au séminaire. Toujours aux études, je n’avais pas encore de voiture pour me rendre dans le fond de St-Augustin. Le Père Boulé me paya le taxi depuis Ste-Foy jusqu’au séminaire et venait parfois me reporter. Tout ça pour que je puisse faire quelques dollars et partager ma passion. Je me rappellerai toujours du visage incrédule de M. Lessard, directeur des études, aux côtés du Père lorsqu’il m’a vu en train d’enseigner dans une classe…c’était priceless. C’était effectivement ironique, le même gars qui s’était fait expulser pour une violente bagarre était désormais engagé par le même directeur pour instruire des jeunes de mes techniques martiales. On ne peut plus tordue comme histoire.

Le Père me faisait confiance et disait que j’avais un bon jugement. À la suite de vandalisme sur le bâtiment du séminaire, le Père Boulé m’avait engagé comme surveillant de nuit durant un été complet. Je crois que j’ai travaillé près de 80 soirs d’affilés de 21h à 5h du matin. J’étais content de travailler quitte à ne pouvoir profiter vraiment de l’été avec mes amis, mais j’ai signifié au Père que je risquais d’être coupé dans mes prêts et bourses. Que mon dur travail serait annulé en fin de compte. Il s’est donc versé le salaire à lui-même, il a payé les impôts et m’a donné le montant brut à la fin de l’été. C’est n’est qu’une des nombreuses choses qu’il a fait pour moi et qu’il a dû faire à d’autres. Il était vraiment aidant le Père Boulé.

Le Père et moi nous devenions de plus en plus proches avec le temps. Il me parlait de son enfance, me confiait des secrets de l’école et les divers incidents qui pouvaient survenir au séminaire. J’ai même passé un réveillon de Noël avec lui et Dan Marquez, en 2003 si ma mémoire est juste, pour ensuite passer le 31 décembre en sa compagnie à Montréal. Je devais aussi aller dans sa famille pour rencontrer sa mère, Blanche, et sa sœur pour un échange de cadeaux. Finalement je ne suis pas allé, mais j’ai tout de même reçu un superbe foulard que sa sœur m’avait acheté. Il m’avait aussi invité à quelques reprises à passer une semaine au séminaire durant la semaine de relâche et durant l’été, question de me faire changer d’air de mon minuscule un et demi. Le Père Boulé était une des seules personnes qui me comprenait et pour une des rares fois dans ma vie, je sentais que j’avais le support moral d’une personne et que je pouvais compter sur lui. À quelques reprises, je lui ai prouvé qu’il pouvait compter sur moi aussi. Il était très généreux de sa personne et de son argent.

Comme je n’avais jamais été proche de ma mère et que j’avais beaucoup de rancune envers elle de m’avoir laissé seul aux prises avec un père violent après son divorce, le Père Boulé tint à la rencontrer pour lui expliquer que je m’étais senti abandonné par elle. Il voulait que je développe un lien affectif avec ma mère. C’était honorable de sa part. Plus tard, il me confia que la rencontre de ma mère l’avait impressionné. J’ignore exactement ce qu’il voulait dire, mais cette rencontre l’avait marqué. C’est vrai que ma mère a un parcours de vie et une personnalité également unique.

LE PÈRE BOULÉ VOULAIT ÊTRE UN PÈRE DE FAMILLE

Le Père Boulé m’a souvent dit qu’il ne regrettait rien de son cheminement, mais que s’il avait été issu d’une autre époque, il aurait aimé avoir une femme et des enfants. D’ailleurs, il est d’avis que les prêtres devraient pouvoir se marier. Je crois que c’est l’année après avoir pris la charge d’un Mexicain, qu’il est d’ailleurs allé visiter dans sa région, à Puebla, durant les vacances d’été, qu’il s’est occupé d’un brésilien, Dan Marquez. J’ignore ce qu’il s’est passé, mais le Père a eu une sorte de coup de foudre pour cet élève. Il s’est occupé de lui et se souciait de lui comme un père et même plus pendant au moins deux ans. Après son 5e secondaire, le Père Boulé paya le cégep, l’appartement et tout ce qui était relié à Dan. Il s’occupait de lui comme un vrai bon père le ferait, voire plus. Le Père m’avait confié qu’il avait de la difficulté avec le personnel qui parlait constamment de leur enfant au travail…et que lui-même était rendu avec ce défaut. Le Père Boulé en a vécu de toutes les couleurs avec ce Dan. Ce qui me fait penser à la soirée d’anniversaire des 18 ans de Dan. Ses amis lui auraient payé 18 shooters d’alcool que Dan a bu fièrement. C’est dans un état grave qu’il s’est retrouvé à l’hôpital. J’imagine encore le Père Boulé en train de me raconter cette histoire. S’il était arrivé quelque de chose de pire à Dan, c’est lui qui en était le responsable.

Une fois le Père Boulé m’a demandé si j’étais jaloux de Dan, « sens-tu qu’il prend ta place? », m’avait-il demandé avec un sourire. Je l’ai rassuré que non et que je n’étais jaloux que de ceux qui avaient fait le tour du monde. En fait, je n’ai jamais ressenti le sentiment de jalousie envers quiconque. Toutefois, même si le Père Boulé était un homme rusé, intelligent et sagace, un peu comme Michael Jackson, il était naïf sur certains aspects et je sentais qu’on pouvait facilement abuser de lui. Je l’avais senti vulnérable durant son implication avec Dan Marquez. Lui-même me disait qu’il devenait plus émotif et sensible à travers les années. Alors que le Père Boulé était occupé avec Dan et ses pensionnaires de l’étranger, je me concentrais de plus en plus sur mon entraînement et ma concubine de l’époque.

Mes études universitaires terminées, j’ai quitté mon un et demi que j’habitais depuis 5 ans. J’ai décroché un mauvais emploi bien payé. Puis, malheureux dans un travail de bureau stressant, j’ai décidé de tout laisser tomber et de partir à l’autre bout du monde pour me consacrer à mon art et ma passion, le kung-fu.

LE CONVENTUM : 10 ANS APRÈS

Durant mon camp d’entraînement en Argentine, je continuais d’entretenir une relation épistolaire avec le Père Boulé. Tout comme je l’avais fait dans les dernières années. J’avais été le seul à lui écrire joyeuses Pâques en 2006 et il disait que ce n’était pas un hasard, que c’était la rencontre des grands esprits. Une fois revenu sur terre de mon exil martiale, je cherchais du boulot en tant que journaliste. J’ai rapidement compris que c’était un milieu particulièrement difficile à percer et je cherchais à me réorienter. Je n’avais par contre aucune idée de quelle façon me recycler. Après introspection et recherche d’emploi, j’ai compris que je serais heureux de pratiquer un métier connexe à ma passion.

Quand j’ai revu le Père Boulé et je lui ai dit que je voulais étudier l’acuponcture et la massothérapie et que j’aurais besoin de son aide puisque les cours se donnaient dans une institution privée. Je n’étais pas certain de sa réponse, mais il a accepté volontiers de m’aider. Bon, je vais finir par le dire : il a payé ma formation au complet. Nul besoin de dire que cela m’a grandement aidé.

Ma formation terminée, je croise Valérie  Noël-Létourneau. Une ancienne pensionnaire du séminaire avec qui j’avais une certaine affinité. Elle s’occupait du conventum des finissants 1997-1998 avec la très jolie Isabelle Lapointe. Je ne faisais pas partie de ces finissants, quoique j’avais fait mes 4 années au S.S.F., mais elle décida de m’inviter quand même. Ce que j’appréciai énormément de sa part. Lors de la soirée vint le temps attendu pour le Père Boulé de serrer les mains de chacun présent dans la cafétéria. J’ai attendu mon tour et le Père Boulé fut surpris de me voir, c’est à ce moment que je lui ai tendu ma carte d’affaire comme manupuncteur et massothérapeute. J’étais fier. Durant cette soirée, avec quelques verres dans le nez, Alexandre Nicolle m’a réconcilié avec Gougoune (Nicolas Geoffroy) à qui j’avais éclaté la tête 11 ans plus tôt. Il m’a confié que sa respiration nasale n’était plus la même depuis. Je lui ai offert mes sincères excuses et je lui ai donné ma carte en lui offrant des traitements gratuits. C’était ma façon de renouer avec le S.S.F. Et faire la paix avec le passé. (Gougoune, trop occupé, ne m’a jamais contacté pour recevoir ses traitements.)

Dans l’année qui a suivi, j’ai ouvert mon bureau et j’ai enseigné le kung-fu en privé. Se trouver une clientèle régulière et sérieuse en 2008, pendant la crise économique, n’était pas mince ni prospère tâche. J’ai recommencé à écrire et à faire de la radio. Ce que le Père Boulé avait qualifié de « bonne initiative » quand je l’en avais informé. Je suis incapable de dire quand j’ai soupé avec le Père Boulé pour la dernière fois. Je sais que je ne l’ai pas contacté depuis deux ans. Une des raisons était que je me sentais très mal qu’il m’ait aidé à devenir manupucteur et massothérapeute alors que je recommençais plutôt à retravailler en journalisme avec plus de conviction.

J’ai appris qu’il était à nouveau malade par un ancien, je ne me souviens plus qui. Je n’étais pas aussi étonné que plusieurs. C’était un secret connu de certains qu’il avait déjà eu le cancer dans le passé. C’est pour cette raison que le Père Boulé mangeait sa fameuse verdure vivante et qu’il faisait de la nage et de la marche à 5 h le matin dans sa chambre avant de nous réveiller. Je me rappelle très bien du Père Boulé me disant qu’il avait hâte que l’année finisse…et à peine un mois après me dire qu’il était prêt et qu’il avait hâte que l’année commence.

Le sachant malade et qu’il serait bombardé de tous côtés par des anciens, j’ai pris pour acquis qu’il savait ce que je faisais via le Facebook du site web.

Le Père Boulé était un bâtisseur et un éducateur dévoué et exceptionnel. Il y a peu de gens qui vont influencer des vies autant qu’il l’a fait. Ça nous a tous pris un temps avant de s’en rendre puisque nous étions adolescents, mais nous sommes tous chanceux de l’avoir connu.

J’aurais aimé lui dire en personne avant qu’il trépasse:

« Père Boulé, je travaille à plein temps comme photographe…Oui, je sais…j’avais d’autres plans. Mais, je suis heureux et bien dans ma peau comme un vrai Guerrier. Je vous remercie pour ce que vous avez fait pour moi et tout ce que vous avez partagé de votre personne et en argent avec plusieurs personnes comme moi. Vous avez fait une différence dans nos vies. Et comme vous me l’avez montré, je m’efforce d’aimer mon prochain comme soi même et d’avoir une bonne éthique dans tout. Merci encore Père. »

Voilà.

Merci de partager ce texte à tous les anciens et membre du personnel du Séminaire St-François. Je vous salue et vous souhaite bonne continuation.

Si vous connaissez des éducateurs dignes de mention, faites leur savoir que vous les apprécier.

Je vous invite à partager ce texte et à nous dire qui a été pour vous le Père Boulé ou quel enseignant vous a le plus marqué.

À venir :

  1. Quelques faits et anecdotes sur le Père Boulé.
  2. Un esprit sain dans un corps sain de Samuel Cashman-Kadri

10 réponses à “J’AI CONNU LE PÈRE BOULÉ DU S.S.F.

  1. Jean-Seb Arseneau

    Beau texte mon Gino,
    Ça me touche ton histoire parce que, moi aussi, j’ai eu une relation extraordinaire avec le père, mais malheureusement , j’ai arrêté d’aller le voir parce que j’avais honte de ce que j’étais devenu. Il s’informait de moi via une tierce personne, mais je n’osais plus aller le voir. Bref, sa mort m’attriste énormément, parce que j’ai repris ma vie en main et jamais je ne pourrai lui en parler.

    Salut
    Jean-Seb

    • Salut Jean-Séb,

      Merci d’avoir pris le temps de laisser un commentaire. Nous sommes probablement plusieurs qui n’ont pas entré en communication avec le Père Boulé parce que nous aurions aimés être plus, avoir accomplis et devenu plus que nous sommes pour suscité la fierté du Père Boulé. Lui qui a été comme un vrai père pour plusieurs d’entre nous. J’ose espérer qu’au moment où j’écris ses lignes, il est amplement fier de nous tous. Et que cela nous servent à tous de leçon : n’attendons pas pour entrer en contact avec une personne qui nous est chère pour lui donner des nouvelles et lui confier notre cheminement et nos fièretés.

      Reste branché sur mon site, d’autres textes à venir sur le Père Boulé.

      Tes commentaires sur tous sujets sont toujours les bienvenues mon ami.

      @+

      Gino
      Le Guerrier Moderne

  2. Marie-Claire Duchaine

    Merci, merci, merci : C’est tout à fait lui qu’on a connu et aimé !!! Il a fait tant pour mon fils Jean-Philippe qui a choisi de quitter ce monde en 2004 mais qui a choisi de rester en contact malgré tout avec ce Père, ce grand homme… Bravo, beau texte, vraiment ❤❤❤

    • Merci Marie-Claire de prendre le temps de commenter mon texte.

      Je suis heureux que vous ayez bien reconnu le Père Boulé dans mon article. C’était mon objectif d’illustrer le plus possible la personnalité du Père Boulé.

      J’ai été pensionnaire avec votre fils et je l’ai relativement bien connu. J’ai été choqué d’apprendre son suicide par un camarade pensionnaire. Mes sincères sympathies.

      Merci de partager le lien de mon texte,

      Gino
      Le Guerrier Moderne

    • Merci Caroline d’avoir pris le temps de lire et commenter mon texte.

      J’ai tâché d’être concis et d’illustrer du mieux possible qui était le Père Boulé et qui il a été pour moi. J’espère que ce texte inspirera tous les parents à être de bons guides et mentors pour leurs enfants.

      Merci de partager le lien de mon texte.

      Gino
      Le Guerrier Moderne

  3. Karine Miville-Dechêne

    Bonjour Gino

    J’ai ADORÉ lire ton texte sur ta relation avec le Père Boulé. Je suis très touchée par ton histoire de vie et ton courage. J’ai eu la chance d’aller au SSF de 1987 à 1992 en tant qu’élève, d’y faire mon stage en enseignement avec l’un de tes enseignants préférés (Jacques Beauchamps) et d’y enseigner l’anglais pendant deux merveilleuses années. Je te remercie pour ce magnifique texte rendant hommage à notre Père Boulé. Bonne continuité cher guerrier!

    Karine Miville-Dechêne.

    • Bonjour Karine,

      Il y a longtemps, mais je me souviens très bien de ton frère et de toi…difficile d’oublier une jolie femme quand on en croise une.

      Merci énormément pour ton commentaire. Je ne regrette rien de ma vie, exceptée une seule chose : de ne pas avoir terminé mon secondaire en tant que pensionnaire avec le Père Boulé. En même temps, j’ai tiré bonne leçon de cet incident. Le Père avait raison, j’aurais pu devenir un délinquant juvénile, un décrocheur avec un casier judiciaire si j’avais continué dans la même direction. Faut croire que si j’ai évolué dans la bonne direction c’est qu’il avait encore raison : j’ai un bon jugement. Son aide m’a tellement été précieuse à devenir qui je suis aujourd’hui.

      J’espère que dans ton métier de professeur, tu as su tirer quelque chose de lui qui te motivera à être à chaque année une meilleure enseignante et que tu sauras motiver les jeunes à apprendre.

      Merci de partager le lien du texte.

      D’autres textes sur le Père Boulé sont à venir.

      Reste branchée !

      Gino
      Le Guerrier Moderne

  4. Genevieve Roberge

    Quel bel hommage au Père Boulé! Vous le décrivez comme je m’en rappelle. Le Père Boulé était un homme au grand cœur qui a eu un impact positif dans la vie de bien jeunes. Le SSF ne sera pas pareil sans lui.

  5. Marc André Perron

    WOW Quel beau témoignage.
    Je me souviens très bien des cours privés à la fin de ton secondaire 4. Moi aussi il me manque car depuis trois ans j’avais régulièrement des superbes conversation avec lui. Comme je suis toujours au SSF mon travail est maintenant de poursuivre son œuvre auprès des prochains élèves. Te revoir à été pour moi un plaisir. Bonne chance dans tes futurs projets.
    Marc-André

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